SAUT BASQUE D’ORION

Le retour aux sources

En 1990, la lecture minutieuse de l’ouvrage référent « LA TRADITION DE DANSE EN BÉARN ET PAYS BASQUE FRANÇAIS » de Jean Michel et Hélène GUILCHER, permit de découvrir le genre du SAUT BASQUE dans sa riche perspective socio-historique. On connaissait ce répertoire par les pratiques festives des villages intérieurs du Pays Basque et, versant Béarn, par les prestations du groupe folklorique local « lous Biarnes Gauyous » de Sauveterre de Béarn. Le fond béarnais était un peu plus enfoui qu’en Euskadi. Mais après avoir discuté avec des informateurs, le Saut Basque était dansé par chez nous dans les fêtes jusque dans les années 1960. Il n’était donc pas si éloigné de nous, nouvelle génération qui a appris par les voies actuelles de la transmission.

La rencontre de danse

En 1991, l’association LO LARER D’ESCOS créa un rassemblement à la suite d’un stage en invitant toutes les personnes du pays, connues pour leur savoir et leur plaisir de danser le saut. Il y eut des représentants d’Escos, Saint Dos, Labastide Villefranche et Orion, chacun apportant l’histoire de son apprentissage, sa manière et son caractère d’exécution. Les anciens ont pu montrer aux jeunes leur art de la danse.

Les gens d’Orion marquaient leur différence en ce qui concerne l’organisation et la dictée des pas (le mande). Les villages proches d’Escos suivaient un déroulé quasi similaire à la pratique contemporaine du Saut Basque dans les environs de Saint Palais en Amikuze (Basse Navarre). (Escos se situe à quelques kilomètres du Pays Basque.) Orion semblait se tourner plus vers le Béarn intérieur. D’autre part, ces danseurs ont laissé entrevoir une brillance et un dynamisme d’allure vraiment remarquables.

Jean Michel Guilcher avait noté des chorégraphies particulières qui existaient au temps de carnaval, portées par la jeunesse locale : les pantalonnades d’Orriule, proche d’Orion. A partir de cet écrit, le groupe de danse de l’Association avait reconstitué cette danse d’épées pour ses spectacles.

Profitant de disposer encore d’un caméscope, le rendez vous fut pris de tourner à Orion.

Le MOTCHICO d’Orion et la seguida deu Motchico, lo dus

(prononcer moutchicou, séguide dou moutchicou)

Pour parler à ces danseurs, il a fallu retrouver la particularité de leur mande à la subtilité près. Même si au fur et à mesure, le réflexe saut basque revenaient dans leur corps, ils voulaient être confortés par la dictée des pas, ce que nous avons assuré. La musique des Menestrèrs gascons (sauts biarnes de l’arribèra) leur convenait bien ainsi que le tempo. Au village, la famille Loustaunau était connue par ses membres danseurs et chanteurs infatigables et boute en train. Les 3 frères Loustaunau visibles sur la vidéo tenaient la danse de leur père qui a eu l’occasion de voyager dans le département puisqu’il fut chauffeur au Conseil Général.

2 visionnages ont été volontairement réalisés : 1 à vitesse ralentie, 1 autre à vitesse plus vive correspondant au tempo actuel. La musique de « Sauts biarnes de l’arribèra » des Menestrèrs Gascons convint parfaitement aux danseurs.

Pour les connaisseurs, on peut noter entre les attitudes collectives et individuelles :

  • l’avancée en double appuis (resté typiquement en Béarn),
  • une évocation d’ailes de pigeon sur l’arrière des talons,
  • la position en ouverture des pieds aux sol,
  • les battus sur le coup du pied dans le pas d’avancée,

(Avec ces 3 derniers points, on peut se poser la question d’une influence des points de principe de la danse de régiment. Transmission de manière locale (voir la pantalonnade)? Emprunts au Pays Basque ? ou aucune influence avec seulement une esthétique familiale ?)

  • les levés de pied arrière (façon de faire qui n’a plus cours et moins vue chez les anciens danseurs de saut en Pays Basque. Serait-ce une caractéristique plus béarnaise ? ou les basques l’ont ils perdue ?)
  • les sauts majeurs sur la conclusion des points avec réception franche sur deux appuis simultanés
  • les coupar systématiquement tournés à l’aller comme au retour
  • la fantaisie de levée de bras vue nulle part ailleurs qui traduit un enthousiasme débordant pour le saut basque

Et si on extrapole : Côtoyer ces gens d’Orion fut une expérience des plus chaleureuses. Le Saut Basque n’était qu’une facette de la joie de vivre sa culture au village et de la communiquer. Tous ces anciens prenaient plaisir à la danse comme on peut mordre dans la vie avec simplicité, ouverture et bonne humeur. Le changement de rythme dans les visionnages du Moutchicou en est une vivante illustration.

Même si la tradition est souvent remodelée par des processus de rupture et de reprise, il en est une à qui il faut souhaiter longue vie : celle de partager la fête par le chant, la musique et la danse.

La vidéo

Remerciements et hommage à

Félicie et Robert MOUCHET, Etienne, René et Jules LOUSTAUNAU-LARRUE

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :