QUADRILLE D’ESCOS

 Une danse d’autrefois proche de nous

Dans les années 1990, après les collectages en Saut Basque, l’Association LO LARER D’ESCOS a entrepris de retrouver le quadrille usité encore après 1945 aux fêtes patronales. Des retrouvailles amicales à la salle communale ont permis de reconstituer les figures. La mémoire des participants fut bonne et nous sommes arrivés rapidement à un consensus. Les anciens gardaient du quadrilh le souvenir du plus bel amusement de la fête où le plus grand nombre pouvait participer.

Dispositif et figures

Il est apparu que la formation à 4 couples en plan carré, dispositif classique du quadrille à la française, n’était pas obligatoirement adoptée. Le quadrille pouvait prendre l’allure d’une grande ronde où tous les couples évoluaient sur la circonférence.

Les figures ont tendance à ressembler à de la danse de couple jusqu’à en porter leur nom : 1ère figure « le paso » (dansé comme une marche)  4ème figure « la polka » (pas de polka simple, plus rarement piquée). Et si le nom du « galop » est emprunté aux anciennes figures de contredanse, il devient une forme en couple en pas chassés (5ème figure). On pouvait former des ponts et y passer dessous à tour de rôle . Les anciens racontent qu’ils finissaient le quadrille au galop à travers les rues du village, ce qui exprimait en son temps la vitalité de la jeunesse et le goût pour la danse de société festive.

La 2ème figure s’intitule « le rondo« . Nous n’avons pas osé l’écrire comme le rondeau de Gascogne tellement son visage de danse en est éloigné. Il s’agit tout simplement de positionner la cavalière derrière le cavalier et de marcher en file sur le cercle dans le sens du saut basque. A la fin de la phrase musicale, le cavalier prend la danseuse de devant. Quand on évolue sur un grand cercle, forcément, on ne retrouve pas sa cavalière au bout des 4 reprises musicales. C’était l’occasion d’un joyeux tumulte pour récupérer sa danseuse attitrée.

« Les présentations » de la 3ème figure sont d’une exécution collective et simplifiée.

Tout déplacement de la figure est encadré au début au milieu et à la fin par le pas de patinette (le couple tourne en pivot) indiqué par les changements musicaux.

La musique :

Trouver la musique qui parle aux danseurs fut un casse tête. Il ne fallait que deux mouvements, l’un pour le pas de patinette, l’autre pour le déplacement. Nous avons pioché dans les disques vinyles de l’orchestre Ramuntxo de St Jean Pied de Port, les répertoires des anciens quadrilles français du XIXème et le quadrille de Sauveterre de Béarn pour la 5ème figure. Cette compilation donna satisfaction à tout le monde. Comment s’y prenaient les orchestres quand ils se produisaient à Escos ? Dans beaucoup de partitions (quadrille des coquelicots par exemple), les figures ont souvent 3 mouvements mélodiques qui correspondent à des formes de danse plus complexes qu’à Escos. Les musiciens adaptaient-ils leur jeu ? Les danseurs se débrouillaient-ils sur n’importe quelle organisation de la musique ? En tout cas, lors de la reconstitution, le public fut déterminé. Bon nombre d’airs partit au panier.

Ce qui est sûr, c’est que les musiciens de bal étaient des habitués des us et coutumes du pays où ils sonnaient. Voici le témoignage de Mr Sanguinet, trompettiste landais : « Quand on venait jouer à Escos, on amenait la partition du saut basque. C’était leur danse nationale ! » Et il parlait bien du moutchikouak (ou motchico) et non du faux saut basque des années 1970 (le kaxkarot martxa).

Une danse jeu pour mettre l’ambiance :

Le quadrille d’Escos exprime certainement l’appauvrissement d’un genre quant à la chorégraphie et au dispositif. La simplicité d’exécution permettait un apprentissage par imprégnation ou par démonstration basique. Ce répertoire n’a rien à voir avec la transmission du saut basque qui nécessite un enseignement long et technique. Dans sa formule collective, il attirait tous ceux qui avaient envie de s’amuser bons ou piètres danseurs. C’est certainement cet aspect d’accessibilité et de gaieté qui a fait perdurer son succès tant que les anciens musiciens furent là pour interpréter ces airs.

La vague du yéyé des années 1960, le début de la médiatisation ont vite fait de balayer le quadrille et le saut basque à Escos. Heureusement, le pays basque proche garde la danse traditionnelle intégrée à la fête du village où jeunes et moins jeunes s’y expriment avec cohésion et bonheur. Nous avons eu la chance de goûter à cet esprit là et nous avons eu envie de faire revivre pendant quelques années le quadrille et le saut basque aux fêtes patronales d’Escos en Béarn.

Il faut noter que dans ce revivalisme, le moment du quadrille fut modifié. Au lieu d’être le point d’orgue de clôture du bal nocturne (entre minuit et 1 h du matin), il se retrouva à la sortie de la messe au même titre que le saut basque qui lui a toujours eu cette place officielle dans le programme des festivités.

La vidéo

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