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Le mystère du neume

Pour un chanteur traditionnel, se plonger dans l’univers musical sacré du Moyen Age s’avère une étrange découverte au premier abord ardue et hermétique. L’association ORGANUM proposait dans la cité romane de Moissac (47) un dépaysement absolu avec le répertoire de Hildegarde de Bingen, extraordinaire religieuse bénédictine aux dons prolifiques dans une Allemagne du XIIème. Antiennes et psalmodies ont été abordées par transmission orale et à travers le support écrit de l’époque : les neumes qui forment des dessins mélodiques au dessus des syllabes latines. Suggestifs et esthétiques, ils peuvent aider à la longue un analphabète de la notation.

partition neumes Hildegarde de Bingen

Le Maestro du stage, Mr Marcel PEREZ, a approfondi avec brio et précision l’art immense de l’ornementation que recèle ce chant monodique avec en particulier une richesse mélismatique impressionnante. L’amplitude des hauteurs, la multiplicité des dessins musicaux, la résonance modale (Hildegarde affectionnait le mode de mi), la conscience des tétracordes ont donné du fil à retordre aux élèves toutes choristes expérimentées. Arriver à chanter ensemble de la cave au grenier sans tomber dans les fondations fut un défi car deux concerts se profilaient à l’horizon des 4 jours. L’exercice d’écoute fut intense pour retenir ces chants d’une architecture complexe et étrangère à notre habitus musical. Heureusement, les meneuses du groupe jouissaient de voix aux belles harmoniques sur lesquelles on pouvait s’accrocher.

La quête du graal fut incontestablement d’accéder au groove entre deux ruptures de son faisant résonner le corps de l’église. Le rythme n’étant pas encore noté à cette époque, l’oreille doit faire ce gros travail de mémorisation. Ce groove doit mettre en valeur la prosodie, la façon de déclamer son texte pour suggérer les intentions dramatiques. A ce niveau là, cela devient un art abouti qui ne peut s’imaginer qu’à travers une expérience longue et partagée.

Nous pouvons faire l’analogie avec la beauté de nos voix polyphoniques pyrénéennes quand elles ont été patinées par la même histoire et qui méritent bien le nom de « votz deus anjos ». On n’est pas bien loin des harmonies célestes de Hildegarde de Bingen !

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